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Interdit d'écrire sur la santé de Mohamed VI

La police marocaine interroge trois directeurs de publications et sept autres journalistes pour avoir commenté ou apporté des informations sur la récente maladie du monarque alaouite.

Interdit, au mois d'août, de publier au Maroc un sondage sur la monarchie malgré des résultats favorables pour Mohamed VI. Interdit, ce mois-ci, de commenter le premier communiqué du palais royal - il n'a pas de précédents dans l'histoire du Maroc - qui à la fin du mois d'août a annoncé que le monarque subissait une "infection à rotavirus avec des symptômes digestifs et une déshydratation aigue nécessitant une convalescence de cinq jours".

Tout au long de la semaine, la police judiciaire marocaine a interrogé, sur ordre du ministère public de Rabat, les directeurs du journal Al Jarida AlOula et des hebdomadaires Al Ayam, le plus grand tirage du royaume, et Al Michaal, ainsi qu'a sept journalistes qui avaient glosé dans leurs colonnes la gastroentérite ou apporté des détails sur l'affection royale. Certains interrogatoires ont duré plus de huit heures d'affilé.

Le 1er août, le Ministère de l'Intérieur marocain avait déjà ordonné la séquestration et la destruction des cent mille exemplaires, tirés à l'imprimerie, des hebdomadaires TelQuel et Nichane qui, à l'occasion du dixième anniversaire de l'intronisation de Mohamed VI, publiaient un sondage en collaboration avec le quotidien français Le Monde. Celui-ci n'a d'ailleurs pas pu être distribué ce jour là au Maroc.

Le 1er septembre, le procureur a donc ordonné l'ouverture d'une "enquête minutieuse" sur une information publiée cinq jours plutôt dans Al Jarida Al-Oula, selon un communiqué officiel. Cet article, qui citait des sources médicales, signalait que "l'origine du rotavirus contracté par le roi serait due à l'utilisation de corticoïdes contre l'asthme qui enflent le corps et réduisent l'immunité".

Ce sont là « des faits mensongers et de fausses informations concernant la santé de Sa Majesté", affirma le procureur. Elles contredisent la "vérité contenue dans le communiqué officiel signé [le 26 août] par le médecin personnel" du monarque, le professeur Abdelaziz Maaouni. Celui-ci a demandé, par ailleurs, au Conseil de l'Ordre des Médecins sa collaboration pour chercher à établir l'identité de la source médicale du journal. "C'était là aussi l'un des objectifs de mon interrogatoire", confirme Ali Anouzla, directeur d'Al Jarida Al-Oula.

Le samedi après-midi, le ministère public a publié deux nouveaux communiqués, rédigés dans des termes presque identiques au premier, ou il donne des instructions à la police pour enquêter maintenant sur l'origine des deux articles d'Al Ayam et d'Al Michaal. Leurs directeurs, Noureddin Miftah et Idriss Chahtan, ont été interrogés dans un commissariat toute la nuit de samedi à dimanche et convoqués à nouveau dimanche dans la soirée.

Sous le titre "Rotavirus : sa cause est une immunodéficience ou une allergie" Al Michaal publie, en plus, une interview du médecin marocain Mohamed Ben Boubakri. Ses propos étayent, en partie, la thèse selon laquelle les défenses de Mohamed VI seraient plutôt affaiblies.

Bien qu'il soit probable qu'il finisse par le faire, le procureur n'a encore inculpé aucun des dix journalistes interrogés. La mobilisation pour leur défense a cependant déjà commencé. "Il est regrettable que la presse ne puisse formuler des doutes sur la véracité des bulletins officiels sur la santé du souverain", affirme, depuis Paris, Reporters Sans Frontières. Le Comité de Protection des Journalistes a aussi dénoncé, depuis New York, le harcèlement que souffriraient les médias indépendants marocains.

Même si c'est un sujet presque officiellement tabou, la santé du monarque est fréquemment abordée dans les conversations au Maroc surtout depuis la diffusion du dernier communiqué du palais royal. "Cela fait déjà longtemps que les Marocains s'inquiètent pour la santé de leur roi, et les apparitions télévisées de Mohamed VI, qui a visiblement pris du poids, ne sont pas faites pour rassurer », écrivait samedi Tel Quel. L'hebdomadaire se félicite, cependant, du pari sur la « transparence » que suppose la publication de ce bulletin de santé.

"L'aspect de Mohamed VI a changé au milieu de cette décennie", ajoute, pour sa part, Al Ayam. "Le jeune homme attractif qui est monté sur le trône quand il n'avait même pas 36 ans a maintenant pris de l'embonpoint". "Et même si le roi pratique du sport, chaque une de ses apparitions publiques suscite, ces derniers temps, des rumeurs sur des possibles maladies comme l'asthme". Difficile, en tout cas, de croire que le souverain soit sérieusement malade quand ou l'a vu, cet été, faire du jet ski tout au long de la cote de Tétouan.